Embodied learning
- Ellen Rabaey
- 12 déc. 2025
- 6 min de lecture
Pourquoi apprenons-nous mieux en bougeant ?
Dans son livre « The Extended Mind », Annie Murphy Paul décrit un phénomène qui devient progressivement évident, tant dans la science que dans la pratique : nous ne pensons pas seulement avec notre tête, mais avec tout notre corps. Penser et se souvenir ne sont pas des processus purement mentaux ; ce sont des processus physiques, sensoriels et relationnels.
L’apprentissage trouve son origine dans le mouvement. Faire, marcher, collaborer, observer.
Dès lors, pourquoi avons-nous fini par croire que l’apprentissage devait se faire principalement en restant assis ? Lire, prendre des notes, assister à des réunions. Comme si le corps n’avait aucune importance.
Pourtant, le corps a toute son importance.
Étude 1 — Les radiologues voient mieux en marchant
Une étude menée auprès de radiologues américains a révélé des résultats surprenants (Fidler et al., 2008). On a demandé à ces radiologues d’évaluer les mêmes images médicales dans deux conditions :
assis à un bureau, comme d’habitude
en marchant sur un tapis roulant à faible vitesse
Qu’ont-ils constaté ?
Les médecins qui marchaient calmement en visualisant les images tomodensitométriques :
ont commis nettement moins d’erreurs (de 12 % en moyenne à environ 1 %)
ont perçu davantage de détails pertinents
ont travaillé avec plus de constance et de précision
Leur précision a atteint un niveau quasi parfait, nettement supérieur à celui obtenu en position assise.
Et il ne s’agissait pas d’exercice physique : ils marchaient sur un tapis roulant à 1,6 km/h à un poste de travail dédié. Ils marchaient calmement et sans interruption.
Le mouvement a stimulé leur attention : ils étaient plus alertes, plus observateurs, plus clairvoyants.
Le mouvement a littéralement amélioré leur capacité d’observation.
Ce qui met en lumière un point important : le mouvement n’est pas une distraction, mais un soutien à la réflexion.
Étude 2 — Des acteurs qui se souviennent grâce à leur corps
On observe le même mécanisme dans les recherches sur la mémoire des acteurs. Les psychologues cognitifs Helga et Tony Noice ont étudié comment les acteurs apprennent et mémorisent leurs textes. Ils ont découvert une différence flagrante :
Les passages appris en mouvement – avec des pas, des gestes et une posture – étaient mieux mémorisés et plus longtemps que les textes appris assis ou debout.
Même des années plus tard, les phrases liées au mouvement restaient plus facilement accessibles que les autres passages.
Pourquoi ?
Parce que le corps apprend en même temps que les autres.
Lorsque les mots sont associés à un geste, une direction spatiale, une sensation corporelle ou une posture, une couche de mémoire plus profonde se crée.
C’est ce qu’on appelle l’effet d’activation : ce que l’on fait en apprenant est mieux mémorisé.
L’information ne flotte pas dans notre tête, elle s’incarne.
L’apprentissage n’est pas une priorité.
Notre cerveau n’est pas un ordinateur séparé. Il est intégré à un corps qui respire, ressent, bouge et réagit.
Lorsque le mouvement s'intègre à l'apprentissage :
la circulation sanguine s'améliore
l'attention se stabilise
les émotions deviennent plus accessibles
la mémoire est plus active
Ce ne sont pas seulement les muscles qui sont activés, mais aussi les réseaux de la mémoire, les systèmes attentionnels, la régulation du stress et le traitement des émotions. Le mouvement n'apporte pas de « repos » après la réflexion, mais crée souvent de meilleures conditions pour la concentration.
L'apprentissage devient alors non plus un effort mental, mais un processus organique.
Quelles sont les implications pour l'apprentissage ?
Si le mouvement aide les professionnels à percevoir plus finement, à quoi ressemblerait l'apprentissage si le corps était davantage impliqué ?
Pourquoi exige-t-on encore des gens qu'ils restent assis immobiles pendant des heures à écouter ? Doit-on s'attendre à ce que les enfants à l'école se contentent d'absorber les informations sans presque bouger, alors que notre cerveau n'a jamais été conçu pour cela ?
Peut-être n'apprenons-nous pas mal. Peut-être apprenons-nous dans un système qui ne respecte pas le corps.
Le corps comme mémoire
Vous avez peut-être déjà reconnu une odeur qui vous replonge dans votre enfance. La musique peut évoquer des souvenirs. Vous reconnaissez une certaine posture d'une situation passée.
Nos souvenirs ne sont pas seulement dans notre tête. Ils se trouvent dans :
les muscles
le rythme respiratoire
la tension
la relaxation
la posture
l'orientation spatiale
Le corps archive. Le corps reconnaît. Le corps compare. Ce que vous ressentez persiste plus longtemps que ce que vous comprenez simplement.
L'apprentissage incarné au quotidien
Nul besoin d'un tapis de yoga pour intégrer cela. Tout le monde peut apprendre avec son corps.
Étudier en mouvement
Ne lisez pas toujours assis. Levez-vous, marchez en lisant. Réviser en bougeant favorise la mémorisation.
Apprendre en marchant
Écoutez des podcasts en marchant. Combinez informations, rythme et espace. Votre corps stimule votre attention.
S'entraîner à parler avec tout son corps
Ne préparez pas une présentation en restant immobile. Marchez, gesticulez, changez de position. On retient mieux ce que l'on bouge.
Bouger en réfléchissant
Marchez lorsque vous êtes bloqué dans vos pensées. Levez-vous lorsque vous devez prendre des décisions difficiles. Le mouvement apporte de la clarté.
Apprendre dans différents environnements
Changez d'endroit. Sortez. Parfois, on apprend près d'une fenêtre, à la lumière du jour et au grand air. Le contexte favorise l'apprentissage.
Le yoga comme environnement d'apprentissage – Vitaflow
Chez Vitaflow, le mouvement est indissociable de la conscience. Les cours de yoga ne sont pas dissociés.
Ces moments étaient un prolongement du travail thérapeutique, non plus par le toucher, mais par le mouvement. Ce qui, en salle de soins, était abordé par les mots ou le toucher, trouvait ici sa place dans la respiration, le rythme et la posture.
Dans ces cours, les livres ne se muaient pas en théorie, les thèmes en explications. Ils devenaient présents. Des extraits d'ouvrages d'Esther Perel, Jay Shetty, Philippa Perry et Pippa Grange, traitant des relations, des limites, de la résilience et de la paix intérieure, se retrouvaient sur le tapis, non pour être compris, mais pour être vécus. Une phrase pouvait s'attarder dans une posture. Une pensée pouvait se dissoudre dans une respiration. Une intuition prenait forme dans le mouvement.
Les participants évoquaient souvent la même sensation, exprimée à chaque fois différemment :
« C'était comme une thérapie hebdomadaire… mais sans table de massage. Non pas par les mains, mais par le mouvement.»
Ce qui se produisait était subtil, et pourtant profond. Les thèmes abordaient ce qui était difficile à exprimer, sans qu'il soit nécessaire de le nommer. Ils n'étaient pas analysés, mais incarnés.
Un participant l'a décrit ainsi :
« Des choses que j'ignorais posséder en moi ont soudainement trouvé leur place dans mon corps. Dans une posture. Dans une respiration. Dans un mouvement qui a ouvert une brèche dans mon esprit.»
Après le cours, un phénomène remarquable s'est produit : les participants sont repartis transformés. Pas euphoriques. Pas exaltés. Mais changés.
« Je suis reparti différent. Plus attentif. Plus calme. Et en même temps, plus lucide. Et cet état a perduré. »
À la fin du cours, l'expérience vécue a pu être intégrée au quotidien. Non pas comme une théorie, mais comme une invitation. Car un cours de yoga ne s'arrête pas à la fin du cours ; il commence juste après. Qu'en retenez-vous ?
« Ce que j'ai ressenti a résonné en moi pendant des jours. Non pas comme une pensée, mais comme un signal corporel. Dans les moments de stress, mon corps me rappelait l'importance de la respiration. Quand j'étais agité, mon corps se souvenait soudain de la sensation d'ancrage.»
Ce qui s'est passé ici n'a été nommé que plus tard : l'apprentissage incarné. Ce qui se faisait intuitivement en cours de yoga est soudainement devenu langage. La pensée est devenue muscles. L'intuition est devenue respiration. Les mots sont devenus soutien.
« J'avais l'impression que les leçons n'ajoutaient rien, mais réécrivaient quelque chose. Dans ma façon de bouger. Dans mon apparence. Dans mes choix quotidiens. »
C'est peut-être là le pouvoir discret de cette méthode : le corps apprend en même temps que moi.
Et ce que le corps apprend, il ne l'oublie pas facilement.
Enfin,
Nous nous sommes peut-être habitués à apprendre comme si nous n'avions pas de corps.
Mais les humains ne sont pas des têtes sur des chaises. Les humains sont des corps pensants.
Et ceux qui apprennent avec leur corps se souviennent avec tout leur être.
Je ressens, donc je suis.
Je bouge, donc je me souviens.
Sources
Annie Murphy Paul — The Extended Mind
Helga et Tony Noice — Recherches sur la mémoire chez les acteurs
John Ratey — Spark : La nouvelle science révolutionnaire de l’exercice et du cerveau
Fidler JL et al. (2008) — Journal of the American College of Radiology
Engelkamp et Zimmer — Recherches sur l’effet d’interprétation




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